Parfois je marche dans la rue sans utiliser mon téléphone, ou je mange un sandwich au café sans utiliser mon ordi. Parfois je suis présent.
Dans ces moment là je me souviens de mes propres statistiques, je me souviens que la plupart du temps je m’engourdis avec de l’information ou avec de l’interaction informatisée.
Quand je lève les yeux de mon écran je me souviens que je suis une personne à peu près normale. Je vois que les gens sont engagée dans des activités sur leurs téléphones ou leurs ordis de façon plus ou moins automatique.
Si on inclut les gens qui sont engagés dans des discussions à propos de quelque chose qui est largement influencé par le fait que les gens sont excessivement engagés dans une activité connectée à un algorithme, on sent encore plus le déséquilibre. La plupart des emplois occupés par les gens qui m'entourent sont reliés au divertissement, aux médias, aux affaires ou à la créativité. Pas souvent la créativité errante des artistes mais celle efficace qui est utilisée dans l'amélioration de l'expérience du consommateur ou l'optimisation de celle du travailleur.
La révolution n’a pas été télévisée dans le temps de Gil Scott Heron, elle n’a pas été déployée sur le web 2.0 dans les années 2000 et elle n’arrivera pas tant et aussi longtemps que nous réfléchirons à nos actes comme des contributions au développement et au maintient de produits et de services s’adressant à des consommateurs. Tant et aussi longtemps que nous nous percevrons comme des consommateurs plus ou moins capable de remplir ce rôle, nous continuerons à nous embourber.
La révolution arrive chaque fois que le corps a accès au monde physique, sensible et énergétique auquel il appartient, à chaque fois qu'il s'échappe des rivières de bruit qui colonisent nos systèmes nerveux. Cette révolution se fait lorsque le cou et les yeux sont libres, la mâchoire relâchée, le souffle sans entrave. Lorsqu'on voit pour vrai les gens et la nature. Elle n'est pas nécessairement le fun cette révolution car lorsqu'on voit vraiment les gens, on voit à quel point ils souffrent, et lorsqu'on voit vraiment la nature, on voit comme elle est mal en point. Mais on voit aussi leur beauté que le nuage d'information nous promet sans jamais nous la livrer.
Cette révolution survient non seulement lorsqu'on dépose notre téléphone, mais aussi lorsqu'on dépose notre sandwich au café et qu'on voit que le nombre de repas préparés de façon anonyme dans les cafés et dans les usines de Nabisco devront réduire et le nombre de repas préparés par, ou pour, une personne qu'on aime devra augmenter.
Le paradigme d'économie ne fonctionne pas. Notre temps et notre énergie sont investis dans quelque chose qui ne fonctionne pas. La quantité de souffrance inutile provoquée par ce paradigme a augmenté très graduellement depuis nos premiers efforts agraires. Mais l'évolution de nos moyens techniques et linguistiques ont atteint une vitesse exponentielle et nous sommes maintenant au pied d'une montée fulgurante. La révolution n'est pas en haut de cette courbe, elle est ici dans nos corps et sous nos pieds.

 

Last modified: avril 14, 2019

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