C’est pas tant le “hétéro” qui était problématique. C'est le “cru”. On croit être une certaine chose pour des raisons qui ne nous appartiennent pas. On se fait donner le kit hétéro-gay-bi comme on donne trois marqueurs à un enfant sans lui dire que ces couleurs sont composées d’une infinité de couleurs.

J’ai bien failli me noyer dans la couleur qui m’a été proposée. Pas tant parce que c’était une mauvaise couleur, mais parce que j’étouffais dans l'éventail limité de lumière que je croyais pouvoir refléter. Comment la couleur bleu-gris de l’ado hétéro-masculin que j’étais pouvait-elle rester stable en se frottant aux rose-rouge et jaune-soleil des filles qui ont grandi à mes côté? Avec leurs beaux kits Disney, n’aurais-je pas pu me laisser colorer un peu?

Quand ça circule vraiment entre deux personnes, leurs pigments et leurs luminosité s’influencent, leur textures s’adoucissent, certaines se durcissent, des frictions se révèlent, de la transformation a lieu, leurs couleurs dansent ensemble et elle changent. C’est pas toujours des changements dramatiques mais c’est vivant.

Planet Dance by Sanjoy Roy, Animation by Magali Charrier. The PlaceAnimation de Magali Charrier tirée de la web série Planet Dance

Et dans les années de célibat que je suis en train de vivre, c’est ce vivant que je suis en train de redécouvrir. Je n’avais pas compris que la sexualité est un aspect de nous qui est omniprésent. Je ne me ressentais sexuellement que lorsque les images que ma société associent au sexe étaient présentes. Grosso modo: une fille d’un certain âge avec une certaine apparence. En m’éloignant de cet âge qui n’existe que sous certains éclairages de toute façon, je retrouve dans ma propre couleur le mélange qui me compose vraiment.

Notre plus grande peur n’est pas celle de se retrouver seul mais celle de mourir d’inconfort sur un canevas qu’on croyait blanc alors qu’il n’en est rien. Nos couleurs ne tiennent pas dans le vide. Elles existent à cause de toutes les couleurs qui les entourent. Elles se soutiennent mutuellement dans une écosystème chromatique auquel nous grandissons souvent aveugle.

Il n’y a pas de cadre, pas de toile vierge loin sous nos pieds. Si on creuse, les couches qu’on trouve en dessous sont des versions alternatives de nous-mêmes, des couleurs que nous ne soupçonnions pas faire partie de notre paysage.

Last modified: octobre 28, 2016

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Explorer le plus profond de son être est quelque chose de très difficile à accepter de faire, et encore plus difficile à réaliser. Le chemin de retour à la « réalité » que la société nous propose est parfois impossible à retrouver seul.

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